Annelyse Chevalier, majorale du Félibrige, nous conte cette chevauchée fascinante du cinéma muet en Camargue. Photo d’archives et projections de films de Jean Durand, cette conférence nous dévoile les origines et coulisses du cinéma dit « western-camembert ».
Il était une fois dans le sud, le western-camembert
C’est en Camargue, au début du XXe siècle, que les premiers films d’aventure sont tournés. Un nouveau genre est né le « western-camembert » ou « western bouillabaisse ». Les heureux parents de ce nouveau genre, Folco de Barconcelli et Joë Hamman, cascadeur parisien, se sont rencontrés lors de la tournée européenne du Buffalo Bill Wild West Show. Fascinés par ce show et passionnés par l’Amérique, le rêve de conquérir les plaines camarguaises s’éveille.
Derrière la caméra, Jean Durand, scénariste parisien chez Pathé puis Gaumont, réalisera plusieurs séries : Calino, Les zigotos, Onésime et plusieurs courts-métrages en Camargue. Sur les tournages, on reproduit le Far West. On joue sérieusement aux cow-boys et aux indiens. Près d’un demi-siècle avant le « western spaghetti », les premiers western muets sont tournés en camargue et c’est un véritable succès international en Europe et en Amérique.



Le delta de Camargue un décor idéal pour le cinéma western
Les grandes étendues plates et sans arbres. La sécheresse, le soleil, le vent, les eaux salées, tout rappelle les paysages sauvages de l’ouest américain. Les petits taureaux noirs seront les bisons, nos chevaux camargue seront les mustangs. Les gardians, habiles au lasso seront eux les cowboys. Pour les indiens, on trouve quelques gitans et même des étudiants japonais de passage. Tout est à portée de main pour réaliser des films.
Costumés à l’américaine, Folco de Baroncelli et ses gardians affrontent les indiens. Joë Hamman reste la star du programme et enchaîne des cascades impressionnantes, à cheval ou sur un train à vapeur à vitesse réduite. Course poursuite, attaque d’un train, toutes les scènes sont sans trucages. Joë Hamman est d’ailleurs le premier cascadeur à cheval du cinéma. Les archives nous dévoilent quelques anecdotes comme celle d’une passagère qui s’est défendue à coup de parapluie ou celle du train qui n’a pas ralenti.
Calino veut être un cow-boy, La prairie en feu, Pendaison à Jefferson City, Cent dollars mort ou vif, Course de taureaux provençale. Ces courts métrages projetés sur l’écran du Relais nous dévoilent des lieux connus de notre camargue : Le Caillar, la gaze du vistre, l’ancien moulin près de la gare ou encore la place de l’église.
Ces débuts du cinéma en Camargue inspireront d’autres réalisateurs et de nombreux films et scènes seront tournés ici, comme La bête du Vaccarès, Crin-Blanc, beaucoup de « Mireille », Aux pays des étangs clairs, etc. Une belle reconnaissance pour la Camargue.
Le Buffalo Bill Wild West Show un succès monumental
Ce spectacle américain est créé en 1883 par William Cody, un tueur de bison. Le spectacle met en scène la conquête de l’Ouest Américain. Chasse de bison, attaque de diligence, bataille entre cowboys et indiens.
Pour jouer ce show très brutal, sont sélectionnés les cavaliers les plus intrépides du monde, cosaques russes, zouaves, arabes, bédouins du désert et même une troupe impériale japonaise. Sans oublier Sitting Bull, un grand chef de tribu américain, sa présence assurait un spectacle à guichet fermé. Ces cavaliers font résonnance à nos gardians et ces similitudes n’échappent pas à Folco de Baroncelli, spectateur à Paris en avril 1905.
En 1889, ce show se déplace en Europe dans un convoi grandiose. 3 paquebots, 3 trains de 50 wagons, 500 personnes et chevaux, 800 figurants, 30 bisons, 3 générateurs d’électricité, 1 enceinte de 125m x 40m font le déplacement. La troupe défile en ville pour promouvoir le show et produit 2 spectacles par jour de 5h devant 20 miles spectateurs.
Folco de Baroncelli, défenseur des peuples minoritaires et opprimés
En s’installant en Camargue, Folco de Baroncelli a un but instaurer les coutumes taurines et façonner une identité camarguaise. Talentueux et avant-gardiste, il va magnifier le territoire à travers la poésie et le cinéma, à la fois en tant que régisseur et figurant.
Folco a toujours défendu les peuples minoritaires et opprimés. Gitans, indiens, des liens d’amitié se sont créés. Qui se ressemble s’assemble, gardian et indien partagent le même idéal de vie sauvage. A cheval, gardian et indiens sont proches de la nature et des animaux et possèdent leur propre dialecte. Ces similitudes sont fortes, fraternelles :
« Il me semble que j’ai été indien dans une autre vie. En vous voyant j’ai la sensation de retrouver des frères autrefois disparus ».
Les archives nous dévoilent une amitié épistolaire avec Jacob White Eyes. Folco et Joë Hamman ont même reçu un prénom indien « oiseau fidèle » et « oiseau moqueur ». C’est un honneur. Cette amitié a perduré dans les années 2000, des descendants de Jacob White et des grands chefs indiens sioux ont été reçus dans la famille Aubanel. Sans oublier le recueil de poèmes écrit par Folco qui illumine le courage de ces indiens.